Convertir bac+5 en artisanat : déclassement volontaire grâce à leur coussin financier

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Written By Jane Legaet

Rédactrice spécialisée dans le sommeil et la literie depuis 2012

Publié le 25 novembre 2022 à 14 h 50

La reconversion professionnelle se normalise : selon le troisième baromètre formation et emploi du Centre Inffo/CSA, 21 % des salariés préparaient une reconversion en janvier 2022, auxquels s’ajoutent 26 % qui disaient y penser sur le long terme. .

Et aussi les reconversions des Directeurs ou Professions Intellectuelles de Haut Niveau (CPIS) vers un métier artisanal, notamment, sont un sujet qui a été mis en avant récemment, souvent sous un angle positif. Dès lors, les portraits de ces personnes réformées sont nombreux dans la presse, et certains – comme Matthew B. Crawford ou Arthur Lochmann – rapportent leur expérience avec une réflexion sur la valeur de l’œuvre.

Cependant, ces conversions posent un grand défi à l’étude de la mobilité sociale, qui s’attache à identifier les agents d’ascension sociale, de reproduction ou de déclin social. Cette dernière peut être analysée à l’échelle intergénérationnelle, lorsque les enfants atteignent une position relativement inférieure dans la hiérarchie sociale de leurs parents ; mais aussi à l’échelle intra-générationnelle, par exemple, correspondant à la situation dans laquelle une personne occupe un poste professionnel qui s’avère surqualifié. Dans les deux cas, le déclin est considéré comme un phénomène vécu. Comment, alors, reconvertir les cadres dans l’artisanat ?

Pour les personnes ayant atteint un haut niveau professionnel ou ayant un haut niveau de qualification, la reconversion vers l’artisanat « manuel » pourrait être considérée comme un « déclin volontaire » paradoxal. La question se pose de savoir ce qui motive cette mobilité professionnelle atypique et la satisfaction que les personnes redéployées peuvent avoir dans leur nouvel emploi.

Un rapport spécifique au travail

Dans le cadre de notre thèse, nous avons interrogé des artisans titulaires d’un bac+5 ou ceux qui exerçaient auparavant des fonctions de cadres ou de professions intellectuelles, afin de mieux comprendre les sources de telles bifurcations professionnelles. Ceci pourrez vous intéresser : Marché des matelas pneumatiques par produits et services, applications, acteurs clés – Androidfun.com.

Premièrement, la majorité de ces hommes et femmes rapatriés ont une relation de travail que l’on peut qualifier de « vécue ». Cela signifie que, plus que des ressources matérielles ou le prestige d’un statut professionnel, ces professionnels recherchent naturellement une expérience de travail satisfaisante et épanouissante dans leur activité.

La dimension économique, si elle n’est pas complètement ignorée, passe d’autant plus facilement au second plan que les acteurs disposent souvent de filets de sécurité. Pour certains, il s’agit d’allocations chômage pendant leur reconversion, de revenus du conjoint, pour d’autres d’un soutien financier des proches, d’épargnes antérieures ou d’un bien immobilier.

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Comme Tom (les noms ont changé), qui a terminé sa thèse en physique et travaille comme charpentier, a déclaré avoir « un bagage culturel, un bagage économique » et « la sécurité de savoir que ses parents [les deux chercheurs] sont là ». Les conditions qui lui permettent de « marcher entre les métiers ».

La possibilité de retrouver un emploi plus qualifié, en cas d’échec relatif de la reconversion, grâce au diplôme ou à l’expérience professionnelle acquise dans le passé, permet de limiter les risques. Dans ces conditions, les rapatriés, qui souhaitent participer à une activité plus épanouissante ou conforme à leurs valeurs, peuvent se permettre de franchir les frontières socioprofessionnelles.

En réalité, l’artisanat relève d’un contrat social plus familier que le milieu d’origine. Elle requiert un niveau de qualification inférieur au leur, et procure généralement un revenu plus faible ou plus incertain. Mais le rapport expérientiel au travail redirigé porte moins sur ces critères que sur la satisfaction que peut procurer l’activité elle-même. Rarement déclarent-ils se sentir déclassés, évaluant leur situation sur un plan individuel et en termes de réalisation, plutôt que sous un angle tenant compte de la situation socioprofessionnelle associée au nouvel emploi.

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Redonner du « sens » à son activité

Cette connexion expérientielle conduit souvent les personnes converties à exprimer que le métier aurait « plus de sens » que leur ancien métier. A voir aussi : Affaire Brest : Belmadi conseille Belaïli. Gabriel, le chargé de clientèle qui a été redirigé vers la fromagerie, résume ce qui l’a amené à penser que son activité « n’a pas de sens » :

« Chaque jour est le même […] et tu dis : ‘Bon, je vais vraiment passer 40 ans à un bureau, le cul dans un fauteuil à regarder l’ordinateur, c’est ça que je veux faire ?' »

Tous les convertis n’étaient pas nécessairement dans un travail « de bureau », sur un ordinateur. Mais ce type d’activité forme néanmoins une figure de papier qui structure leur rapport au travail « intellectuel ». Plusieurs défauts lui sont imputés : tout d’abord, un mode de vie sédentaire, à la fois en étant à l’intérieur et souvent assis. Ensuite, le sentiment de non-productivité que provoque parfois le travail « intellectuel » se répète également. Enfin, ces emplois « officiels » impliquent souvent une forte division du travail, ce qui peut donner aux recycleurs l’impression d’être des « numéros », des « maillons » ou des « rouages ​​d’un mécanisme extérieur à nous ».

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Au contraire, l’engin reçoit des caractéristiques qui reflètent ces défauts. Tout d’abord, cela vous donne la possibilité de travailler à l’extérieur – ce que de nombreux convertis de la construction trouvent utile – ou de mobiliser votre corps. Contrairement aux études qui mettent l’accent sur la vulnérabilité physique associée à l’artisanat, les convertis ont tendance à décrire cet engagement corporel comme quelque chose qui « se sent bien », quelque chose qui vous fait vous sentir « musclé », « en forme », « bien dans leur corps » ou l’évite. . « être en surpoids » ou « être en surpoids ».

Deuxièmement, le savoir-faire est apprécié pour être « pratique ». Avec cela, il faut comprendre que le produit de l’activité est visible, tangible, ce qui permet de mieux faire correspondre leurs efforts et les résultats qu’ils produisent. De ce point de vue, cette précision contraste avec le sentiment de se perdre dans l’ancien métier, dans des « rencontres sans fin », dans des « résines », dans des réflexions qui peuvent durer « des heures et des heures » sur des sujets « explicatifs ». l’artificialité, « l’abstraction » ou la « complexité » excessive sont dénoncées.

Joëlle, ancienne directrice de formation devenue boulangère, insiste sur le fait qu’elle a eu l’idée de « finir tard […] pour ne rien faire ». A la fin du mois, il « gagnait encore 5 500 euros » de cette activité, mais sans savoir « qui ça rapportait », et contraste son nouveau métier : « Là, j’en nourris au moins une centaine chaque jour. les personnes »

Enfin, les activités artisanales permettent souvent aux travailleurs qualifiés de superviser toutes les étapes de la production, la division du travail étant valorisée plutôt que trop prédominante. L’enjeu réside dans la possibilité de bénéficier d’une plus grande autonomie, tant technique (maîtriser toutes les tâches nécessaires à la réalisation du produit), qu’organisationnelle (ne pas dépendre des autres pour mener à bien son activité).

Ce souci d’autonomie professionnelle se traduit par la très forte proportion de rapatriés qui s’installent à leur compte dans un laps de temps très court, par rapport aux commerçants. L’accès à l’indépendance, de ce point de vue, apparaît comme un préalable au recyclage dans l’artisanat.

Cet article est réimprimé de The Conversation sous une licence Creative Commons. Lire l’article d’origine.

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