« Chaque fois que je vois des ours en peluche sur des photos prises à Auschwitz, je regarde si c’est le mien »

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Written By Jane Legaet

Rédactrice spécialisée dans le sommeil et la literie depuis 2012

Témoignages « Les Miracles du Vél’ d’Hiv » (3/4). Les 16 et 17 juillet 1942, la gendarmerie française à Paris organise la plus grande rafle contre des femmes, des hommes et des enfants juifs. Destination : camp d’extermination d’Auschwitz. Quatre-vingts ans plus tard, « M » revient sur cette page honteuse de l’histoire de France à travers les récits de rescapés. Parmi eux, seule une poignée parvient à s’échapper du Vélodrome d’Hiver, transformé en cloaque déshumanisé.

Le Vél’d’Hiv était avant tout un parfum. Quatre-vingts ans plus tard, les rescapés du raid des 16 et 17 juillet 1942 le ressentent encore. Un mélange écœurant d’excréments et d’urine, de couches sales, de corps en sueur et aussi de peur. Rien ne pouvait les effacer, ces odeurs répugnantes. Joseph Weismann, 91 ans, a été invité sur le plateau du film La Rafle de Roselyne Bosch en 2009, largement inspiré par son histoire. A Budapest, le Vélodrome de Paris rue Nélaton dans le 15e arrondissement a été reconstruit. L’ambiance du décor a été désinfectée. Mais dès que Joseph est entré, « une puanteur nauséabonde » de ses souvenirs l’a assailli.

Le Vél’d’Hiv faisait alors grand bruit. Cela les laisse encore pantois, ces témoins, de ce remue-ménage massif de 8 000 personnes qui ont été incarcérées (4 000 autres interpellés, célibataires ou couples sans enfant, ont été renvoyés directement au centre de détention de Drancy). Un murmure énorme et irrépressible, entrecoupé de cris et de larmes. Il a ricoché sous le toit en verre du gymnase, qui était recouvert de peinture bleue pour se protéger contre les raids aériens, captant les échos métalliques de la structure et fracassant les têtes.

« Nous nous sommes déplacés dans un brouillard sonore », décrit Joseph Weismann. Ce bruit était régulièrement noyé par le bruit des haut-parleurs. « Tais-toi ! » hurlaient-ils avant de donner des consignes ou, à partir du 19 juillet, d’annoncer les noms de ceux qui devaient arriver et sortir des lieux. « On tapait régulièrement du pied, on criait parce qu’on avait trop chaud », se souvient Madeleine Wajsbaum, 98 ans. ans. On a aussi chanté La Marseillaise, je ne sais pas pourquoi. »

Le sceau administratif du malheur

Le sceau administratif du malheur

La jeune Madeleine a 18 ans, une petite robe printanière et des Salomé, les chaussures ouvertes étaient très en vogue à l’époque. Elle est restée au Vél’d’Hiv pendant une semaine, parmi les dernières prisonnières. Sur le même sujet : Les matelas de lit français misent sur le haut de gamme. Vivre une semaine dans ce bruit, au milieu de « cris et hurlements ignobles ». Pendant des jours après son évasion, ils resteront dans son esprit comme un étourdissement.

Elle entend encore les appels à l’aide de cette mère qui demande un médecin : son bébé se meurt d’une fièvre de 40 degrés. Madeleine déambule dans l’immense enclos bourdonnant. En déambulant, elle tombe sur une femme assise au bord de la piste, noircissant frénétiquement du papier. « Qu’est-ce que tu écris ? demande Madeleine. « Ça !  » répond la femme, couvrant le pandémonium de son regard.

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